10/02/2013

Mon fils

Extraits de mon nouveau site perso:
 
 
 
 
 
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 - Tu es toujours gentille dans tes messages
 - Peut-être parce que je n'ai jamais eu l'intention d'être autrement que gentille...
Oui, une maman ne connait pas tout de ses enfants. Je le sais, c'est normal. Chacun de nous est complexe et par conséquent riche. Un récit est toujours tronqué de beaucoup de choses. Il correspond à une interprétation et une interprétation est toujours une déformation. Mais les enfants déforment aussi les paroles de leurs parents et ont parfois tendance à se croire brimés.
Ce que vous voyez, ce que vous dites, n'est pas perçu de la même façon par chacun.Il faudrait plus de prudence dans notre façon d'interpréter les paroles, d'y répondre, sans pour autant aliéner nos opinions.
Il ne faut pas que ces pages vous fassent mal. Je les ai écrites avec tour à tour, la lucidité de l'âge, l'amour d'une mère, la souffrance de certains moments passagers, et en fond la joie profonde d'être la mère de tels enfants. Une inquiétude n'a jamais été un jugement définitif. Écrire est mon exutoireMais je reconnais ma maladresse parfois. J'accepte vos reproches, s'ils sont légitimes  car lorsque j'écris, je n'arrive pas toujours à me mettre à la place de celui qui va lire. Lorsqu'on écrit, je le répète, on traduit justement une pensée évanescente et la contrepartie, c'est qu'on la fixe...

Pour notre fils, nous savons tous qu'il a de la valeur, nous l'aimons tous  malgré ses hauts et ses bas et surtout à cause d'eux, et, si les débuts de son entreprise sont difficiles, l'avenir sera après l'effort, certainement positif. Ce n'est pas possible de se donner à fond sans être un jour payé e retour...
Mais je sais que j'ai surtout de l'ambition, j'ai toujours eu énormément d'ambition...

Avec ses yeux d’un marron presque noir et son teint mat, notre fils est plus proche, je veux dire par la ressemblance, par les traits de son visage, de sa sœur aînée que de la seconde. A un moment de leur enfance ils avaient le même profil.
Mon fils lorsqu'il était enfant; aimait déjà la nature, les plantes, les animaux, au point de sauver ou d'essayer de sauver des sauterelles blessées, de donner du lait à des bébés hérissons abandonnés. Ma mère avait gardé tout l'hiver, sur une plante, une sauterelle blessée qu'il avait minutieusement attrapée pour justement essayer de la sauver.

Je me souviens qu'il lui arrivait de rester devant son immense planisphère, accroché dans sa chambre. Revoyait-il les voyages que nous avions faits ?  En liant les noms de lieux, se demandait-il à quoi ils pouvait ressembler ?

Il a aussi un caractère très droit, il est affectueux, je pense, sans le montrer. Il sait pardonner et je ne le crois pas jaloux. Par certains côtés la maturité de l'enfant nourrie de réflexions qui sortaient des clichés était étonnante. Par d’autres l'adolescent ou même le jeune adulte semblait encore un enfant lorsqu’il jouait à la balle avec la chienne ou lorsqu’il rêvait de sport de très haut niveau.
On dit parfois que l’action n’est pas la sœur du rêve. Ce n’est pas du tout le cas pour notre fils. Il est capable tour à tour de rêver pendant des heures et de s’attaquer à un travail quasi surhumain, lorsqu’il creuse le passage vers sa grotte ou lorsqu’il plante des arbres qui nécessitent un trou très profond ou encore dans le choix de son métier...

L'odeur de l'herbe, des arbres, des foins, le vent léger, la rêverie, l'ont toujours ramené automatiquement, par la pensée, vers son village. A intervalles réguliers, ses passions le reprennent : l'envie de faire quelques pas dans les bois, de surveiller la pousse de ses arbres, d'apprécier le grand air, la nature de son C. qui lui est chère.  La beauté contribue lorsqu’elle est perçue à révéler nos sensations les plus profondes, des parcelles de notre personnalité.

- La pluie est toujours là, la température va encore chuter. G. a passé deux week ends  à planter des arbres et il n'a pas fini. Il risque de geler. Enfin j'espère que non, car il aurait travaillé pour rien. Il essaie de refaire le bois qu'un voisin lui a coupé. Il voudrait ne pas y mettre trop d'argent et en même temps le revoir boisé assez vite. Il y met des eucalyptus qu'il a fait venir lui-même depuis la graine.

Au cours de promenades aux environs de la maison, mon fils enfant était comme émerveillé par ces secrets cachés dans la nature, sous les buissons, les haies, il en a inconsciemment humé les parfums, découvert les beautés. Les joies obscures qu’il éprouvait dans la solitude, en voyage, dans ses moments de rêve comme face à un désert aride ou à un paisible et grandiose coucher de soleil, il savait les transmettre à la fois de façon scientifique et poétique. Le souvenir, le rêve, fixaient pour lui seul de tels moments. Adolescent, il était tour à tour adorable ou rebelle, il m’a appris à mieux aimer la campagne au coucher du soleil, la solitude, le calme et l’impression d’étendue. Enfin tout cela faisait qu'il travaillait peu intellectuellement sinon pour son plaisir personnel car il lisait avec passion " sciences et vie ", des livres sur les arbres du monde ...Souvent mon fils, me dit: "Je ne regretterai jamais mon enfance... " et cette remarque me fait chaud au cœur. Peu importent désormais les différents... Je le crois du moins. Les adolescents font des expériences, ils cherchent leur identité. Ils veulent choquer leurs parents, c'est une manière d'exprimer leur individualité.


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C'est dans un trou de verdure où chantaient les oiseaux, où le soleil, de notre colline intime luisait mouchetant les buissons et les ronces d'une mousse de rayons... que nous avons travaillé son bac.


- Je m'intéresse au climat... m'a-t-il souvent dit.

- Moi aussi. Je n'accepterais pas de vivre dans le nord, j'ai du mal à supporter la grisaille, je consulte plusieurs sites de météo, j'ai programmé un tableau des températures en temps réel des endroits du monde que j'affectionne le plus, le Maroc surtout lol, ainsi je peux rêver sur le temps à Marrakech, Mogador ou Safi... en été, je suis les formations de cyclones dans l'Atlantique.

- Mon fils s'intéresse aussi beaucoup à la météo et aux changements climatiques. Lui aussi consulte toujours les chaînes météo, a des livres sur l'évolution des climats; tout petit il faisait des courbes et c'est lui qui a rempli la partie climat dans le site de notre région...

Il est sans le vouloir, sans le savoir vraiment, un révolté. Révolté par tout : par la pauvreté, la politique et la pollution, par les patrons et les professeurs, par nous et notre éducation, même si nous avons fait de notre mieux... C'est aussi un complexe de paresse et de courage, d'intellectuel et de manuel que sa richesse intérieure, sa maladie, son blocage envers nous parfois... font errer encore à la recherche de lui-même. Et il n'accepte aucune aide...Mais il a un caractère fier et des capacités à revendre ...

D’où me vient exactement l’angoisse qui me torture chaque fois que notre fils s’abandonne à sa nonchalance et à ses rêves ? Mon esprit a passé son temps à bâtir des rêves insensés pour lui. Et il était capable de renverser des montagnes. mais encore fallait-il le vouloir et agir en conséquence. Manque-t-il d'ambition ? Est-il trop modeste ? Quand G. affirme qu’il ne se mariera pas, qu’il ne passera que certains modules est-ce par déprime ? Est-ce pour analyser notre propre attitude ou est-ce une façon de stopper nos ambitions, pour que les résultats réels me paraissent toujours meilleurs, s’il ne m’a laissé que peu d’espoirs.?

Aujourd'hui, G. affirme qu'il a de l'ambition et c'est tant mieux.  Nous ne connaissons jamais entièrement nos enfants. Mais dans les années 2000, il y a eu ce cancer, qui nous poursuit et qui l'a happé à 20 ans !!!

Les malheurs, les fléaux ne sont pas à la mesure de l’homme. L’homme  ne réagit pas d’abord, puis il s’étonne ou lutte ou se révolte, paraît abattu. Parfois il a la chance ou la capacité d’oublier. Mais mon fils jure et se jure que jamais il n’oubliera, que jamais, jamais, il ne pourra penser à ses 20 ans sans penser à sa maladie si soudaine, si injuste, si cruelle...

Notre fils est de plus en plus malade; c’est horrible pour un jeune de son âge; au début, Il avait besoin de se confier, maintenant, il est trop assommé. Il supporte de plus en plus difficilement ses cycles de chimiothérapie. Les vomissements, les nausées se multiplient.
 Aujourd'hui, il m’inquiète, il est encore si pâle.
  

 Maintenant il paraît complètement déprimé. Si au début de sa maladie, il éprouvait le besoin de parler, d’analyser la situation, il semble désormais résigné, amorphe même. On dirait qu’il attend seulement que le temps passe. Comment savoir ce qui se passe en lui. Je ne sais plus quoi faire pour retrouver un dialogue avec lui, pour communiquer. Il a gardé son sourire cependant, plus rare, mais il est encore là…. Mais que cache celui-ci ? La plus dure semaine de sa chimiothérapie arrive, celle du cisplatine.

C'est à cette période qu'il a commencé à s'opposer encore plus ouvertement à nous.

Il a été malade plus de quatre ans. Il voyait ses copains quitter la fac, leurs études terminées, alors qu'il était bloqué par cette maladie, révolté par elle, déçu par la vie et c'est alors qu'il a vraiment montré qu'il n'avait plus aucune envie d'aller de l'avant. Même lorsque ses traitements ont été finis, il a eu du mal à se remettre psychologiquement.


En tant qu'étudiant, il a eu longtemps besoin de nous. Il en est conscient et c’est vrai que parce qu’il vivait financièrement encore dépendant de nous, nous avons eu tendance à ne pas le laisser entièrement responsable. Dans ces cas, il prend sa propre liberté intérieure. Pas entièrement libre ou responsable n'est pas exact, nous ne l'avons jamais contraint, mais il sent notre inquiétude, les contrariétés... les devine ou les invente... A partir de cette période le jeune peut à la fois aimer et détester ses parents. Si les parents avaient des aspirations différentes et même s'ils ne lui font aucun reproche, le jeune va construire lui-même sa propre image, telle que selon lui les parents le voient. Il va osciller entre la haine de lui-même et celle pour ses parents, entre son amour propre et l'amour pour ses parents. Ce déchirement peut à la fois être un handicap ou l'aider à se construire.

Je pensais parfois que mon fils cherchait à me faire souffrir. Parfois il me demandait son aide, parfois il me reprochait de l’aider. Lorsque je lui ai trouvé un stage chez un pépiniériste, je pensais lui faire plaisir. Et il m’a mis mal à l’aise d’avoir fait appel à mon amie, pour lui trouver ce stage, car lui-même refusait de téléphoner. Peut-être par paresse, peut-être par brusque timidité, peut-être qu’il pensait que je n’avais qu’à m’occuper de ce coup de téléphone puisque j’avais engagé l’affaire... En réalité, je pense aujourd’hui que c’est toujours sa timidité qui le bloquait et une forme de déprime après sa maladie. Enfin, il a fini par accepter ce travail; cela va-t-il le sortir de sa déprime ? En tout cas, cela va occuper son esprit.
Il agissait d'une façon un peu semblable pour ses examens, il s’y prenait toujours au dernier moment. A-t-il changé ? Est-il toujours à la fois ardent, volontaire et soudain tourmenté ou déprimé ? J’espère que non. Je suis persuadée qu’un jour il va se découvrir et s’assumer lui qui avait du mal à s'adapter à toute nouvelle vie.

Après sa maladie il a eu de terribles accès de déprime, de révolte, de paresse...  Et il ne disait pas vraiment ses problèmes. Les ressentait-il avec précision ? Un jeune homme va rarement trouver ses parents pour leur dire qu'il est déprimé.  Et même des parents attentifs, ne peuvent plus à cet âge-là donner des conseils. Je ne savais plus comment le prendre. Je luttais pour garder un visage neutre. Il a même un jour vidé sa chambre, monté les meubles au grenier et cassé la pierre gravée à son nom qui lui avait été offerte pour mettre devant sa grotte. Plus que de la colère, c'était un rejet de lui-même.

Aujourd’hui l’étape du tour de France a été gagnée par Lance Armstrong qui a subi la même opération que lui. Cela devrait l’encourager.

Ce soir sa sœur aînée, son beau-frère et leur petite fille viennent. Le sourire du convalescent en rémission s’est épanoui. Comme je le guette ce sourire de plus en plus rare !

Notre fils n'a pas eu sa licence, mais seulement la moitié. Il n'avait pas assez travaillé, pas assez de courage, trop fatigué encore par la maladie. Il ne supportait pas non plus l'idée de démarrer un métier à Paris et d'y rester peut-être dix ans. Dommage car il avait réussi les concours de tous les IUFM présentés (5). Pourtant ce sont des concours difficiles. Il est toujours étonné lorsqu'il réussit... alors que, malgré son peu d'acharnement sur les livres, mais compte tenu de ses capacités, cela ne nous étonne jamais. Il a eu ainsi un bac " s ", bac difficile, en étudiant un mois maximum !!! et un très difficile DEUG de biologie, très difficile par la somme de connaissances à acquérir pour quelqu'un qui a du mal à plonger sa tête dans les livres.

De désarroi ? Par brusque décision ? parce qu'il n'avait pas sa licence?, il a passé l'été comme manœuvre sur un chantier. Il a été pris tout de suite dans une assez grande entreprise. Le patron et lui mangent ensemble en ce moment à midi, car presque tous les employés sont en congé et il a parlé de le faire passer très vite comme chef de chantier et de lui confier les logiciels des ordinateurs pour la création des charpentes en trois dimensions. Il trouve assez d'ouvriers transitoires, mais n'a personne capable de se servir de ses logiciels "charpente ".

Ce qui me fait peur c'est qu'ils ne respectent aucunement les consignes de sécurité dans ces entreprises, et que depuis Juillet, en à peine une semaine, mon fils a déjà eu plusieurs petits accidents. Il a eu des points de suture pour avoir reçu sur la tête, un chevron, envoyé par un maladroit inconscient !!!

Il a tout de même et tout de suite décidé d'apprendre le métier de couvreur. Il espère pouvoir, tout en travaillant, réussir son CAP et son BP, et après avoir bien acquis son  métier, créer une micro-entreprise, voire une entreprise.

Il vient de rentrer dans une autre entreprise de charpentiers-couvreurs, cette fois comme apprenti. Les candidats ne se bousculent pas, et de plus il a beaucoup de présence par son apparence calme, posée, réfléchie. Il est toujours engagé tout de suite. Ce nouveau patron lui a laissé entendre qu'il pourrait lui succéder à sa retraite... Notre fils tient bien le coup pour le moment; mais il continue son projet initial. Il va d'abord passer son CAP en travaillant en alternance.

Et puis il a fait la connaissance de sa compagne. Beaucoup de points qui ont fait qu'il voulait un boulot, vite et près de chez lui !!! Il vit désormais en couple... Ce soir sa sœur aînée et sa petite famille viennent. Le sourire du jeune homme s’est encore épanoui...S'il n'a plus sa tristesse, il reste tout de même le même homme parfois surprenant.

- Je comprends mal le désir soudain de ton fils de s'orienter vers une profession artisanale. J'espère qu'il ne s'est pas engagé sur un coup de tête et qu'il ne changera pas à nouveau d'orientation. Mon fils aîné, avec un B.T.S. d'automaticien a tout laissé tomber, après six mois passés en entreprise et il poursuit aujourd'hui des études de psychanalyse.

- Non, mon fils est à la fois manuel et intellectuel. En dehors de ce que j'ai déjà dit de lui,  j'ajouterais qu'il a été champion du Limousin en saut en longueur et toujours bon en athlétisme. Il a travaillé certains étés à la ferme de mon beau-frère ( travaux parfois durs et pénibles : noyers à tronçonner, charpentes à remplacer etc...) et dans la pépinière dont j'ai déjà parlé. De plus il a créé par bouturages de nouveaux arbres car il fait la collection d'arbres  à pousse rapide uniquement, et, parmi les arbres les plus grands : séquoias semper virens, eucalyptus etc... Il faut charrier des litres et des litres d'eau pour les arroser dans les bois lorsqu'ils sont jeunes et qu'il y a un risque de sècheresse. Aujourd'hui encore, pendant ses loisirs il surveille la pousse d'arbustes qui proviennent de graines venues par internet. Il place les graines au frigo. Ses arbustes servent de rideaux dans son appartement... lol !!! Puis il les plante lui-même dans ses bois. C'est une façon pour lui de trouver le calme, la paix.
Notre fils ne travaille avec passion que lorsqu'il a vraiment pris lui-même une décision. Il faut laisser faire. Si notre fils a été un enfant rempli de rêves... il veut que sa vie ressemble à la réalisation d’une passion.

Il a choisi un métier d'artisan. Pourquoi ? Par amour du plein air, par amour de la simplicité, par révolte aussi, pour rester dans notre région qu'il aime, enfin et surtout parce que sa maladie a coupé net son élan et son énergie pour les études.

- Ton fils est rempli de vie et c'est là le principal, je comprends mieux maintenant ses motivations pour le métier qu'il a choisi, bien que ce soit peut-être provisoire, sa polyvalence est une qualité appréciable. Il a eu beaucoup de courage de se remettre en question, de tout plaquer, il faut aussi une dose de témérité, mais c'est admirable tout de même, si tous nos politiques adoptaient quelques fois cette attitude, notre belle France ne serait pas engluée à ce point.


De plus en plus, il a réalisé qu'il préférait le côté physique de sa nature, mais son côté un peu intellectuel lui permettra j'espère d'avancer jusqu'à créer son entreprise. Je pense que dans quelques années, lorsqu'il aura travaillé au moins 5 ans, il se sentira assez capable de travailler seul; il trouvera une solution, sa solution, selon ses capacités ??? ....Peu importe, nous serons alors fiers de lui, de son parcours, de son choix. D'ailleurs, il s'est très vite fait remarquer partout par sa volonté et sa logique.


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Pour le mariage de notre fils Juillet 2005

C'est en prodiguant le bonheur que notre fils le trouvera, lui qui pense et agit encore et toujours suivant un idéal : honnêteté, droiture, modestie...

C'est à la maison que nous allons avoir le remue-ménage du mariage. Une grande partie de la famille de ma belle-fille va donc loger chez nous et contrairement aux coutumes, notre fils veut se marier dans son cadre habituel.




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Le petit garçon lol ! Le fils de notre fils. Les mêmes yeux noirs, le même amour pour la nature et pour le village de ses origines.
Le petit s'appelle P. comme son oncle. L'histoire de son prénom ? C'est le prénom de chaque aîné dans la famille de mon mari. Mais cet oncle n'a pas d'enfant et comme il a fait donation de sa ferme à notre fils et aussi parce que le prénom est toujours d'actualité... bref notre fils l'a appelé ainsi en remerciement.

La compagne de notre fils lui va, à mon avis, comme un gant. Elle, elle a bien les pieds sur terre et semble dégourdie pour les papiers, pour son boulot...J'espère que nous nous entendrons bien...
Notre fils est heureux. Il commence encore dans une nouvelle entreprise. Cette fois il est ouvrier titulaire du CAP. Son patron est à peine plus âgé que lui. C'était le couvreur de notre fille quand nous avons aidé celle-ci à faire construire sa maison. Quand il a su, en bavardant au cours des travaux, que notre fils avait été jusqu'en licence, il l'a harcelé jusqu'à pouvoir l'embaucher ( ou le débaucher !!! ). Lui-même a fait quelques études. Notre fils sera chef d'équipe a-t-il fait miroiter, il va avoir, dès qu'il saura bien travailler une augmentation et une participation aux bénéfices. Bref, il ne sera pas le larbin d'un ouvrier qui méprise les intellos et qui ne travaille que pour des promoteurs en série. Son nouveau travail consistera essentiellement dans les toits d'ardoise, typiques du Sud Ouest. Travail artistique tout de même. Si ce nouvel employeur ne ment pas !!! On verra. Mais notre fils est encore trop modeste... Va-t-il accepter d'être chef d'équipe ?

Il a commencé ses cours pour un BP chez les compagnons. Et il travaille toujours en alternance. Il essaie de se maintenir dans les études pour ne pas oublier ses réflexes d'étudiant.

- Ils sont 3 à passer le BP et il y aura selon les statistiques deux reçus. Il est content mais jamais sûr de lui. Il doit ressembler à sa mère !!! Il trouve aussi qu'il y a des magouilles ??? Le jury devrait être composé de trois personnes dont un prof de français. Or, il n'y avait pas de jury, juste un "prof-compagnon du tour de France " à la fois chef d'entreprise de couverture. Il se trouve que ce Limougeot était aussi le prof et le patron d'un des trois candidats... Les dossiers des deux autres ont été descendus en flèche. Le prof a aussi refusé le déroulement normal d'un oral à partir d'un dossier. Il les a bombardés de questions à l'improviste. Gui pense s'être tiré d'affaire.
Bon, ce n'est pas la seule épreuve et justement le candidat en question disait n'avoir rien su faire en math etc... De plus le prof s'est un peu radouci avec G. quand il a vu qu'il avait fait des études supérieures et qu'il avait un bac général scientifique.


Il a été le meilleur du département pour son CAP, le meilleur du département pour son BP...

Les temps changent. Notre fils a de nouveau changé de patron. Promesse non tenue par le précédent et donc changement de patron...Comme dit notre fils, dans ce métier, c'est l'ouvrier qui est recherché, pas le patron... Je le sens de plus en plus prêt à se prendre en charge pour créer sa propre entreprise. Il est capable de s'investir dans son métier et fait désormais de très belles choses déjà artistiques. Il a entrepris avec courage, pendant tout son congé, le toit pour l'agrandissement de la maison de sa sœur. Il devient prévenant, prend de l'assurance alors qu'il en manquait beaucoup. Nous espérons qu'il réussira dans ses projets.



La construction du toit de la maison de sa sœur


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La charpente avec son collègue et futur ouvrier
 et tout le reste de la toiture seul


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La tradition veut qu'on mette un petit genévrier sur le toit dès que la charpente est finie. Après il y a l'étape hors d'eau...


 
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Différentes étapes


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La noue en ardoises                                   Bord du toit


 
   Cet été-là, il a passé tous ses week ends et tout son congé sur les toits de sa sœur.

Il faut savoir que Gui est fier d'aider sa sœur, de faire son toit, sa salle de jeu... Sur son toit, il avance mais doucement. Il a un énorme travail puisqu'il agit tout seul et il fait souvent mauvais temps. De plus, il n'a eu aucun repos après son année d'un métier physique et pénible. Il travaille même le dimanche et cela tout l'été.  Pourvue qu'une tempête n'emporte pas les ardoises avant que les portes et les vasistas ne soient mis !!!

Certains après midis,  nous retournons chez notre fille, nous faisons la chaîne pour passer les ardoises à G. et il les entasse pour n'avoir pas à descendre chaque fois. Nous les transportons à pleines brouettées. Lorsque mon mari est trop fatigué il trouve une autre occupation chez nous, comme nettoyer la piscine.

 Mais très souvent, nous allions l'aider pour servir de manœuvres et l'encourager surtout. Nous ne pouvions pas faire grand chose, juste donner un coup de main. Par exemple, je déblayais le site pour enlever les déchets de bois et d'ardoises. Je comblais les trous avec; Je mettais le feu. Je m'occupais aussi du petit.  Mon mari montait encore carrément sur le toit pour les tracés et les voliges...J'aimais ces journées de travail en famille.

Je crois que G se plait de plus en plus dans ce boulot. Il va certainement passer à son compte et ne travailler que l'ardoise. Depuis qu'il est formé par les compagnons il fait un travail de plus en plus précis, de plus en plus fin comme dessiner des fleurs sur le toit ... Il me dit : " Je vois le paysage à l'infini de là-haut, je n'aurai aucun patron, aucun ouvrier, je prendrai mon temps ". 

- Je pense que ton fils a choisi sa voie, il aime ce qu'il fait et a acquis la technique, il a tous les atouts pour réussir, C. va peut-être le seconder en s'occupant des taches subsidiaires, nobles tout compte fait; je tiens quand même à te dire le vrai secret de la réussite, c'est tout bête pour nous, mais difficile à tenir pour les plus jeunes, voilà : Il ne faut pas confondre trésorerie et comptes personnels, j'ai vu des couples se déchirer pour ça, tout vendre, même leur maison car ils se trouvaient endettés, cela demande deux à trois ans de sacrifices au début, puis c'est l'embellie...

- Je ne m'inquiète pas pour ça. Il est assez intelligent, assez honnête pour le comprendre.
Son but ??? actuellement reste toujours variable, en mouvement. Je me demande parfois si ce n'est pas parce que lui-même ne parvient pas encore à le distinguer. Il se cherche, il se cherche encore... Mais ses capacités restent des plus diverses. Et quel que soit son choix plus tard, il aura les moyens de réagir, de décider, à lui d'en prendre conscience.
Ce qu'il faut c'est qu'il décide par lui-même sans se demander ce que ses parents, ses amis, son entourage penseront... Je crois en lui...

 Comme moi, mon mari ne sait pas faire de compliments. Il faut savoir que s'il a confié le chantier pour le toit de sa fille, à son fils, c'est qu'il a une  confiance aveugle en lui.  Il est maintenant conscient que G. a choisi et posé, avec beaucoup de soin, ce qu'il pensait le meilleur pour ce chantier.

Pour moi, G. a de grandes qualités humaines, trop... car il n'est pas assez égoïste. Il est droit, Il sait toujours secouer les idées reçues et figées. Le seul énorme problème est qu'il a encore peu confiance en lui, qu'il ne cherche jamais à se mettre en valeur, qu'il se met vite en colère parce que justement il manque de confiance ou déprime un peu. Mais il a quelque chose de plus que beaucoup de personnes, il est plus sensible, plus intuitif et plus psychologue.

  L'expérience de nos deux maladies nous a-t-elle rapprochés ou éloignés?
Depuis sa maladie il a toujours des colères surprenantes qui retombent assez vite.

  Au moment de sa maladie, je crois qu’au fond de lui-même il aimait bien me faire souffrir. Ou alors était-ce inconscient ? Il profitait de ma patience ( qu’il savait exceptionnelle depuis sa maladie ), Il me faisait  payer inconsciemment ses difficultés, sa tristesse, il semblait même parfois  se défouler sur moi,. Mais il le regrettait vite.


  Depuis nos deux maladies nous nous sommes d'abord rapprochés; maintenant, nous avons encore quelquefois l’impression d’atteindre une sérénité gaie et communicative. Parfois seulement... Nous avons toujours des goûts très proches, des discussions... !!!  Bien sûr j'ai mon caractère, mais lui aussi. Heureusement nous nous connaissons bien et je suis certaine qu'il sait que j'oublie vite moi aussi. 
Mon fils m'a d'ailleurs toujours aidée en contrepartie car depuis son adolescence j'ai participé aux aventures qu'il aimait se créer, quand nous partions à la boussole dans les bois, en voyage au Cap d'Agde... en cela nous nous ressemblons beaucoup...

  Aujourd’hui ce fils a non seulement évolué, mais il est arrivé à s’imposer face à son père et à moi. Il est le seul à avoir le courage de vaincre les préjugés, de repenser par lui-même. Le seul problème, est qu’il pense tellement ce qu’il dit, qu’il n’accepte pas la contradiction, un autre point de vue. Et en ce sens il rejoint un peu son père qu’il cherche pourtant à contrer.

  Dans un mois, il abandonne son emploi pour être son propre maître. Il se lance comme professionnel et monte une SARL, cela nous fait plaisir et nous inquiète en même temps car avec la crise, c'est un moment difficile.
Depuis des mois nous pensons à lui, à cette entreprise, Il ne s'agit pas de contrôler, c'est plus fort que nous.

  J'espère qu'il réussira à créer cette entreprise par petites étapes. J'ai à la fois, je le répète peur et confiance. Peur de la conjoncture actuelle, peur du temps qu'il faudra pour qu'il se fasse une clientèle... Mais j'ai confiance en sa valeur, en son courage quand il veut quelque chose, et il sait que nous serons toujours là pour un coup de pouce ...coup de pouce que pour l'instant il refuse !!! Il n'a pas besoin de notre aide, mais de notre confiance, dit-il. L'aide il la refuse par fierté et par besoin de se prouver, comme de nous prouver, qu'il va y arriver. J'y crois aussi. Notre confiance, il l'a déjà, mais il ne la voit pas...
Besoin de se prendre en charge, refus des conseils. OK...Si nous n'avions pas confiance, chercherions-nous à l'aider ? Et pourtant ne demande-t-il pas aussi parfois notre aide ? Réactions contradictoires en chaîne...Souffrance des parents qui ne demandent rien en retour. Simplement heureux d'aider.


Ce n'est pas non plus  trop la bonne " conjoncture " pour démarrer, il ne sera même pas au chômage car son employeur n'a pas voulu le licencier. Mais bon, il faut bien se lancer un jour. Il a 30 ans. Il va faire un stage de secourisme et de " sécurité " à cause des dangers sur les toits, un stage de gestion d'entreprise et, peut-être ??? ( c'est le conseil de son père qui ne peut s'empêcher de vouloir gérer !  Donc peu de chances de savoir ou même de penser qu'il suivra ce conseil !!! ) un stage pour tout ce qui concerne le solaire et les installations photovoltaïques sur les toits.

- Aucun de nous n'est parfait. Des heurts il y en a eus, des incompréhensions et surtout des mauvaises interprétations de part et d'autre !! Ne nous fâchons pas. C'est tout de même dans notre petit noyau familial que nous pouvons nous aimer tels que nous sommes, nous soutenir, nous comprendre. Et la confiance, même si elle est parfois secouée par une discussion avec des points de vue différents, reste la confiance. Faire confiance, c'est savoir qu'on peut compter sur l'honnêteté, sur la droiture, sur les capacités de quelqu'un. Et là notre fils a toute notre confiance, même celle de son père dont il doute.
 

  C’est vrai que mon fils est adulte et que je n’ai plus le droit d’intervenir dans sa vie. Il a désormais toutes les capacités nécessaires pour se débrouiller seul. La maturité, il l’a depuis longtemps, la réflexion aussi comme la révolte qui l’éloigne de son père... Et maintenant, je viens de le constater... de sa mère... Mais comment, en tant que parents, ne pas se sentir impliqués au commencement d'une carrière difficile, lorsqu'on part de zéro ? Nous sommes toujours prêts à aider ses sœurs aussi, chaque fois que nous le pouvons...

  Douleur incroyable, fatigue, stupeur devant les paroles entendues, le ton employé... J'aurais dû mieux le connaître et savoir que ce n'était ni un rejet, ni un manque d'affection, seulement un mouvement de colère et une mauvaise interprétation de mes intentions.
J'ai souffert aussi de l'amalgame fait entre mes actes d'autrefois dont le seul but était de redonner le moral à un fils totalement déprimé et la publicité que j'ai cru bon de faire pour la SARL aujourd'hui.

 J'ai été partagée entre la stupeur, la révolte et le pardon et je sais aujourd'hui que j'ai moi-même mal interprété....
Quels sont mes torts ??? J'ai autrefois été présente face à sa déprime, j'ai essayé d'être un soutien, c'est vrai, j'ai utilisé des moyens peu orthodoxes, mais c'était dans l'urgence... et pour un jeune  qui refusait des soins, qui se détruisait lui-même. Ce sont des fautes ??? Oui  semble-t-il, si vous avez trop donné, oui, si ce don est interprété comme un manque total de confiance !!! Sa réaction d'aujourd'hui transforme les actes et les intentions d'alors. Je n'ai jamais pensé qu'à sauver un déprimé qui plongeait, qui abandonnait tout et se refermait dans la solitude et non à me substituer à sa personnalité.
 
Que penser ? Parfois on aimerait penser que c'était un simple coup de colère, que les mots ont dépassé les pensées...Parfois... La colère à fleur de peau peut être un signe de déprime, d'angoisse... Avoir toujours eu l'impression qu'il se détruit lui-même, qu'il détruit tout ce qui vient de nous, comme si nos actes contenaient un jugement...et qu'il détruit à chaque instant les chances de sa vie comme s'il se créait des handicaps ? 

 Lui, est tour à tour sympathique, tour à tour grinçant pour une simple remarque. Il nous donne souvent des intentions de domination que nous n'avons jamais eues. Que faire, que dire ? D'ailleurs il oublie vite.  N'ai-je pas bien tenu mon rôle dans la vie ? A une certaine époque, perdue dans ma propre maladie ai-je manqué d'attention ? Ne l'ai-je pas assez écouté. Alors il pourrait nous en vouloir !? Pourtant il est celui qui nous a le plus fait céder sur bien des points.

Pour moi, cet épisode a été comme un monde qui s'écroule, un cauchemar...Penser que l'amour, même l'amour filial... est très proche de la haine. Mais, porter atteinte à un point sensible n’est pas toujours un acte volontaire.

  A la fois on aime un être et à la fois on lui en veut inconsciemment de  dépendre parfois encore de lui. Voilà la solution de l'énigme. Apprendre à se retirer au bon moment, dans le silence et être là pourtant...
Faire souffrir  sa mère n'est sans doute pas une volonté mais plutôt une conséquence de certaines craintes, de certaines souffrances, de certains soi-disant échecs qui sont plus dans la tête que dans la réalité. Tout ceci est peut-être dû aussi à un manque de recul face à la vie.

  Ma faute ? mais,  c'était de l'enthousiasme,  une participation minime, mais du fond du cœur; allez, j'avoue, en y réfléchissant profondément, peut-être un léger besoin de dire " je suis encore là pour toi "...

  Leur retour à la maison m'a fait venir les larmes aux yeux. C'est un premier pas que j'accepte comme tel. Le temps qui passe finira bien par effacer les blessures. Je suis heureuse de savoir que je vais pouvoir retrouver parfois petit P.. Nous l'aimons beaucoup.

Ce heurt frontal est peut-être à envisager comme une thérapie. Une fois commencées, les retrouvailles avec notre passé enfoui ne s’arrêtent pas facilement. Qu’y gagnons-nous ? Un soulagement ? Ou de fonder notre identité ? de nous sentir à la fois plus proches de nous-mêmes et moins sensibles aux jugements des autres… C'est sans doute la grande étape pour devenir pleinement soi-même.
Mon fils, nous avons tendance à nous déchirer. Peut-être parce que nous nous ressemblons un peu.

Lapensée lancinante revient à propos des mots prononcés à mon encontre, souvent elle me taraude encore malgré l'effort pour oublier et pardonner. Pour être de la haine, les mouvements agressifs d’hostilité ont besoin d’avoir été mûris, non ? Avaient-ils été mûris ? Je ne le crois pas. C'est toujours spontané et brutal chez lui et soudain tout s'effondre comme un soufflé sorti trop vite du four.Son attitude depuis est plus ouverte, plus souriante, mais tellement prise encore par l'angoisse du quotidien imprévisible qu'il est difficile de savoir si lui aussi désire tourner la page.
La phase de stupeur est passée en moi. J'en suis à l'analyse, pas encore à l'oubli total malgré l'envie,  malgré le pardon accordé.
« Va je ne te hais point », telles sont d’abord les paroles d’une femme, Chimène, à son amoureux, Rodrigue ( Le Cid ). Paroles d’une femme aimante, d’une femme confiante, d’une femme tranquille,.».Paroles rassurantes pour tous malgré la négation, telles sont aussi celles que souhaiterait entendre l’enfant qui a été grondé ou l’adolescent, lorsqu'il aura provoqué un orage en famille ou encore les jeunes dans les mêmes conditions. Mais pourquoi pas les parents ? Ils ne sont pas faits de bois. Heureux témoignage d’amour et de réconfort que pourraient être ces paroles, après la rage, la colère et autres manifestations agressives comme un sentiment de détestation, voire de haine, face au dépit  parental. Ce sont encore celles que nous aimerions tous entendre chaque fois qu’un besoin ou un désir d’ouverture sur l’extérieur provoque éclats ou tiraillements. Clefs pour la liberté, ces heurts passagers alternés avec des manifestations de regret, d'affection nous confirmeraient dans nos rôles respectifs comme dans nos sentiments, sans porter atteinte à l’affection réciproque.

Les bambous qu'il a plantés dans sa jeunesse et  dont les tiges plient aux grands vents forment un rideau derrière la piscine. Les deux cyprès qui symbolisent sa rencontre avec son épouse sont comme la porte de son paradis. Celle-ci m'a dit un jour que rien ne comptait plus pour lui que notre maison. Je sais qu’il vit dans un paradis de souvenirs et aujourd'hui encore, au moindre besoin, au moindre problème, au moindre changement climatique, il éprouve l'envie de se rapprocher de la nature, de revenir sur les lieux de son enfance. Chaque lieu qu’il a connu reste gravé en lui et il  demeure attiré vers ces lieux comme par un aimant. Malheureusement, je le sais aujourd'hui, ces retours vers la nature sont aussi un signe de déprime totale. Pour lui, les moments heureux donnent vie aux plantes et aux choses et en retour l'apaisent.

Devant cet état de fait, après avoir réalisé qu'en réalité il souffre aussi énormément, je crois que je parviens peu à peu à cet oubli recherché pendant plusieurs semaines, oubli d'un heurt après tout passager,  et que mon esprit a sans doute trop amplifié ou trop pris à la lettre. J'y parviens grâce à la compréhension de ses difficultés actuelles, grâce à son sourire parfois retrouvé, grâce au fait qu'il semble avoir lui-même totalement oublié ou simplement nié ce moment de mauvaise entente, en le considérant peut-être comme une simple mise au point.
Parfois aussi je me demandais s'il déprimait,  s'il se décourageait, s'il nous narguait ou  s'il était tout simplement velléitaire. Que dire alors ? Devons-nous toujours nous sentir responsables alors qu'il ne demande qu'à prendre ses responsabilités ?  Avons-nous gâché beaucoup de choses en ce qui le concerne ? Toute vie a-t-elle un point plus faible, toujours le même, prêt à craquer ?

Gâché ? Peut-être pas. Tout est peut-être indispensable pour que l'avenir puisse être et se réaliser.A d'autres moments, en effet, il paraît sûr de lui, courageux, volontaire.
Nous, parents, marchons toujours dans la vie et surtout devant la vie de nos enfants, un peu les yeux bandés. Mais lorsque l'enfant a aimé son enfance,  son cadre de vie,  ses arbres, ses bambous... ce que je crois, ce qu'il affirme, alors il ne faut rien retrancher de ce passé car c'est de ce passé que l'enfant, devenu adulte, vit.
Heureuse de constater que nous avons enfin tous tourné la page... Certains mots ne sont que folie que vous arrachent la colère, la déception... Malheureuse de voir qu'il déprime encore parfois, que nos heurts étaient  à la fois dus à son découragement et qu'en même temps ils ont accentué celui-ci. Comment lui faire comprendre que ce qu'il fait est beau. Qu'il pourrait réaliser de grandes choses, mais qu'il faut qu'il guérisse de son manque de confiance avant tout. Son épouse, son père sont prêts à l'aider à remettre en route son activité, à se fixer un emploi du temps, à se donner des repères, à s'imposer des tâches pour le lendemain. Mais c'est à lui de faire appel à nous. Le temps pluvieux, l'hiver, la neige , toutes les intempéries, il est vrai ne sont guère favorables...

Je crois toujours bien faire... mais j'oublie sans doute l'essentiel. Je n'ai ni à m'ingérer... ni à enlever ma confiance dans les jeunes... Pourtant, quand je suis seule avec mon mari, je réalise qu'il est dans ce domaine pire que moi. Il m'arrive même de lui demander de laisser un peu les jeunes prendre des initiatives. C'est en se trompant de plus qu'on apprend. Mais là, c'est plus fort que lui et je me heurte à un mur !C'est mon mari, le roi des anxieux !!! qui pense sans arrêt, à leur avenir, réfléchit toujours pour les autres et me harcèle au point de me monter la tête et c'est alors que je réagis sans doute à contre temps. Mais c'est parce que nous les aimons bien, en fait. Nous sommes prêts à tout pour eux, à tout donner aussi : depuis notre aide, notre soutien, notre participation... Nous savons bien que chacun est aujourd'hui un adulte responsable. Pourtant, ce sont toujours nos enfants.

J'ai retrouvé un vieux message de ma belle fille que j'avais oublié et qui m'a fait plaisir... " Je suis très  contente de la manière dont vous vous occupez de  notre fils. Il adore les spectacles  ou les activités avec vous. je n'ai jamais été fâchée contre vous bien au contraire.... " Ai-je tout inventé, ai-je pris un mouvement d'humeur pour un rejet définitif ? Notre belle fille, dans l'entreprise s'occupe des relations avec le client : téléphone, met au propre des devis, distribue des devis et parfois des pubs ( dans ce domaine, je l'aide beaucoup ).  Elle est douée pour tout ce qui est commercial. Elle en a fait son métier. Elle a travaillé entre autre pour télé2 et est capable de vendre des logiciels à ceux qui n'ont pas d'ordinateur  !!! lol !
Ils ont déjà tout prévu. Quand ils se sont mariés, contrairement à mon mari et moi qui avons tout en commun, ils ont fait un contrat " biens séparés ".  C'est une nécessité en cas de faillite. Mais G. ne va pas dépenser beaucoup, cependant il aura besoin de pas mal pour sa famille..
La ferme de son oncle sera à lui, mais il aura trop d'impôts à payer pour que ce soit un vrai cadeau. Il a cependant apprécié le geste, le choix de son oncle...
Au début, pour démarrer son entreprise, il ne lui avait fallu qu'une échelle, un échafaudage et un vieux véhicule. Mais tout évolue avec des ouvriers, il faut investir, de même pour n'avoir pas à refuser du travail parce qu'il ne possèderait pas le matériel...

Son ouvrier, travaille vite et bien. Pour les petits jeunes qu'il prend de temps en temps, il a pas mal de surprises : manque d'expérience, découragement, paresse, mauvaise éducation et cherchant à rafler des aides.. L'un d'eux sortait même de prison. Mon fils a voulu lui donner un coup de pouce... en vain.

Avec le temps, je sens qu'il s'affirme dans sa nouvelle vie, qu'il prend non seulement de l'assurance, mais du calme... Je retrouve un peu son bon côté qui refait surface. La confiance renaît partout. Il va y arriver et nous en sommes heureux.
Son caractère est dominé par une besoin profond d'honneur. L'honneur s'accompagne souvent d'un refus de subtilités mensongères ou de comédie... Il refusera toujours de ruser.

Parfois on ne se rend pas compte des pensées atroces qu'on a pu enfouir en soi. Pendant toute son enfance notre fils semble avoir souffert et surtout à son adolescence et après sa maladie. Est-ce la maladie qui a ancré profondément sa révolte ? Et il aurait eu besoin de nous rendre responsables. Il a dû être terriblement malheureux, même si tout a été amplifié dans sa tête. N'ai-je pas agi de même envers mes parents ?

- Je ne me souviens pas très bien ce qui a pu te choquer. C. seule a pris la décision de retirer un temps P. quand il bégayait. Je t'ai fait des reproches sur mon enfance peut-être mais c'est de l'humour noir. Quand je souffre, je fais exprès de dire l'inverse de ce que je pense. Par exemple, je dis que j'ai des idées de droite alors même que ma tête pense le contraire. Je peux dire que vous étiez autoritaires dans mon enfance, en sachant très bien que j'étais gâté. Mon seul but sur le moment est de vous faire un pincement au cœur, pas plus, je pensais que tu comprenais un second degré.
 
- Je suis contente de ton explication. Je comprends tes difficultés, tes souffrances, tes sacrifices pour les tiens. De toutes façons, j'avais pardonné et depuis un certain temps il me semblait que nous nous entendions de nouveau assez bien. Alors oublions les mauvais moments. Ne t'inquiète pas, la page est tournée de mon côté. J'espère que tu ne m'en voudras plus. Je sais, je suis maladroite, mais ton A., tu ne peux pas savoir comme je l'aime.

Pour mon site, je l'écris et parfois je relis et je corrige, lorsque mes sentiments ont évolué. Or les sentiments évoluent toujours... Le temps atténue tout.  Certaines pages ne sont qu'une pensée d'un instant et  comme toi, il m'arrive de chercher à marquer des points; de plus, comme pour toi, certaines phrases correspondent à une souffrance d'un moment précis.!

L'entreprise de notre fils semble bien évoluer. Il a sa voiture utilitaire, son camion benne, son télescopique, un monte charge ... Il a beaucoup investi pour mieux travailler. Si notre cave a servi pour un temps d'atelier, ( Nous avons dû débarrasser 30 ans d'affaires accumulées dans la cave-garage du bas !!! ) il a trouvé un grand hangar à louer près de chez lui. Il a aussi un ouvrier expérimenté d'une bonne quarantaine d'années.

Comme nous parlions d'écriture pour notre fille aînée et que mon mari pense que c'était notre fils qui avait le plus de possibilités dans ce domaine, j'ai réfléchi à la question. Notre fils a dit qu'il y pensait mais qu'il ne se sentait pas encore assez mûr !
 
- Pour écrire, il faut du repos, je travaille 45 heures par semaine, j'ai des courbatures partout, le reste du temps je m'occupe à fond de mes enfants. Alors peut-être avais-je des capacités ? J'en doute fort. Je suis un gars "normal" comme François.  Mais après mon travail, mes journées sacrifiées pour  l'entreprise et ma famille, il ne reste rien pour moi. Plus le temps passe, plus je suis fatigué le week-end et je n'ai plus la force de sortir le dimanche.

- Je suis d'accord avec toi pour le repos. Je le reconnais, pour écrire il faut du temps, du silence et bien d'autres choses...



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Un des chevaliers de Castelnau


 
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Son petit frère, plus encore que chez l'aîné, on y retrouve le sourire et le regard pétillant de son père. A. évolue beaucoup en ce moment, il est gentil, souriant, heureux, adorable.


Je sais que tu t'occupes beaucoup de tes enfants, que tu en es fier. Moi aussi je suis fière des miens. Je suis fière de ton caractère droit de fonceur. Je suis certaine de tes capacités dans beaucoup de domaines et si tu as de l'ambition, c'est encore mieux.

Je suis fière aussi de tous mes petits enfants. Si parfois j'exprime une inquiétude, c'est parce que j'y tiens beaucoup. Une inquiétude n'est pas un jugement, je le répète. Tes fils sont non seulement beaux, gentils, bien élevés mais encore attachants.
 

Je suis consciente de tout ce que tu peux me reprocher. Même les révoltes sont normales et je suis heureuse d'apprendre que dans l'ensemble, et en réalité, tu n'es pas mécontent de tes parents; de même nous sommes fiers, je le répète, de toi.
La plus grande blessure de ma vie a été d'entendre mon fils que j'adorais, me parler de haine et ce que tu lis dans mon journal est la période où j'ai littéralement saigné et pleuré. L'humour noir et le second degré, je ne les ai pas vus. Désolée. Et tu ne peux pas savoir à quel point, j'ai eu mal, mal de tes mots, mal de perdre P. et à quel point je suis heureuse de notre explication.
 La colère, la hardiesse, ne me choquent pas, mais me paralysent et l'écrit est ma solution. La contrepartie est qu'il fixe des sentiments parfois fugitifs. Mais avec l'âge mon caractère est toujours entièrement tourné vers la paix, l'acceptation des réactions des autres.
Je ne t'en ai pas voulu. J'ai surtout été blessée et malheureuse, je suis même allée un temps à Marseille.
Et ton explication m'a rendue heureuse. Je sais qu'il en est de même pour toi.


 

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